Chemin de croix : pourquoi comporte-t-il 14 stations ?

Chemin de croix : pourquoi comporte-t-il 14 stations ?

Le chemin de Croix, un des temps forts du temps pascal, trouve son origine à Jérusalem, au IVe siècle. Des pèlerins ont souhaité commémorer la Passion du Christ, en parcourant la Via Dolorosa qui l’a mené au Golgotha. Le chemin de croix a essaimé en Europe au fil des siècles. – Chemin de croix aux JMJ 2016 – D.R.
Par Cath.ch et Christophe Herinckx

Le chemin de Croix est l’un des temps forts de la Semaine sainte. Quelle est l’origine de cette dévotion centrée sur la Passion du Christ ? Pourquoi le chemin de croix compte 14 stations, et quelle est sa signification spirituelle ? Découvrez quelques points de repère de cette pratique typiquement catholique.

Qu’est-ce que le chemin de croix ?

Très populaire dans l’Eglise d’Occident depuis le Moyen Âge, le chemin de Croix permet aux chrétiens de s’associer à la Passion du Christ en le suivant symboliquement sur le chemin qui l’a mené à la mort sur la Croix. Concrètement, les fidèles parcourent physiquement 14 étapes, appelées stations.

Quelles sont les 14 stations du chemin de croix ?

Le chemin de Croix comporte traditionnellement 14 stations, autant d’étapes de la marche du Christ vers le Mont Golgotha, où il sera crucifié.

Liste complète des 14 stations

Voici les 14 stations du chemin de croix :

  1. Jésus est condamné à la crucifixion ;
  2. Jésus est chargé de sa croix ;
  3. Jésus tombe pour la première fois, sous le poids de la croix ;
  4. Jésus rencontre sa mère ;
  5. Simon de Cyrène aide Jésus à porter sa croix ;
  6. Sainte Véronique essuie le visage de Jésus ;
  7. Jésus tombe pour la deuxième fois ;
  8. Jésus rencontre les femmes de Jérusalem qui pleurent ;
  9. Jésus tombe pour la troisième fois ;
  10. Jésus est dépouillé de ses vêtements et abreuvé de fiel ;
  11. Jésus est cloué sur la croix ;
  12. Jésus meurt sur la croix ;
  13. Jésus est détaché de la croix et son corps est remis à sa mère ;
  14. Le corps de Jésus est mis au tombeau.

Pourquoi comprend-il 14 stations ?

Le chemin de croix s’est progressivement structuré en 14 stations pour permettre aux fidèles de méditer sur les moments les plus marquants de la Passion du Christ, depuis sa condamnation jusqu’à sa mise au tombeau. Le nombre de 14 n’a donc pas de sens symbolique particulier.

Au Moyen Âge, les pèlerins visitant les lieux de la Passion à Jérusalem pratiquaient le chemin de Croix, mais le nombre d’étapes pouvait varier. Les Franciscains, gardiens des lieux saints, ont progressivement fixé une forme plus stable. C’est le pape Clément XII qui, en 1731, va fixer la forme du chemin de Croix et le nombre des stations à 14, pour uniformiser la pratique en Europe.

Stations issues des évangiles et stations issues de la tradition

Parmi les 14 stations du chemin de Croix, certaines trouvent leur origine dans les récits des évangiles. D’autres sont issues de certaines traditions populaires.

Voici les 9 stations proprement bibliques, avec leurs références :

1. Jésus est condamné à mort
→ Ponce Pilate condamne Jésus (Mt 27, Mc 15, Lc 23, Jn 19)

2. Jésus est chargé de sa croix
→ Jn 19,17

5. Simon de Cyrène aide Jésus à porter la croix
→ Mt 27,32 ; Mc 15,21 ; Lc 23,26

8. Jésus rencontre les femmes de Jérusalem
→ Lc 23,27-31

10. Jésus est dépouillé de ses vêtements
→ Mt 27,35 ; Jn 19,23-24

11. Jésus est cloué sur la croix
→ récits de la crucifixion (tous les Évangiles)

12. Jésus meurt sur la croix
→ Mt 27,50 ; Mc 15,37 ; Lc 23,46 ; Jn 19,30

13. Jésus est descendu de la croix
→ Jn 19,38-40 (avec Joseph d’Arimathie)

14. Jésus est mis au tombeau
→ Mt 27,59-61 ; Lc 23,5

Les 5 autres stations sont :

3. Première chute de Jésus
7. Deuxième chute de Jésus
9. Troisième chute de Jésus
→ Les Évangiles ne mentionnent pas ces chutes.

4. Jésus rencontre sa mère (Marie)
→ Marie est présente à la croix, mais cette rencontre sur le chemin n’est pas racontée.

6. Véronique essuie le visage de Jésus
→ Sainte Véronique n’apparaît pas dans les Évangiles.

Ces 5 stations sont issues de différentes traditions spirituelles ou populaires, développées au Moyen Age.

Notamment la dévotion mariale, la tradition franciscaine ou la légende sainte Véronique, qui aurait essuyé le visage ensanglanté du Christ avec un linge qui a longtemps été conservée à Rome comme une relique. La finalité de ces stations “supplémentaires” est de favoriser la méditation des fidèles sur le sens et le fruit que l’on peut recueillir de la Passion du Christ.

Origine du chemin de croix : de Jérusalem à l’Europe

Les premiers pèlerinages à Jérusalem au IVe siècle

Si le chemin de Croix a évolué au cours des âges, son origine remonte au IVe siècle à Jérusalem, où de nombreux pèlerins se rendent dès cette époque, y compris en provenance d’Occident.

« On va vers la ville à pied en chantant des hymnes« , relate en 380 Egérie, une femme venue de Galice, en Espagne, pour faire le pèlerinage à Jérusalem. Elle fait partie des nombreux pèlerins, « grands et petits, riches et pauvres« , qui font le voyage pour prier et lire les évangiles sur les lieux de la Passion du Christ.

Le témoignage d’Egérie (ou Ethérie), le plus ancien à ce jour, rapporte le déroulement d’une procession qui se déplace d’une église à l’autre, du Jardin des Oliviers jusqu’au Saint Sépulcre. Elle raconte que, le Jeudi saint de l’an 380, des chrétiens rassemblés autour de l’évêque de Gethsémani prient toute la nuit, pour traverser ensuite, au petit matin, « toute la ville jusqu’à la croix« .

La “Via Dolorosa” et ses multiples itinéraires

La « Voie douloureuse », littéralement, est le chemin qu’aurait parcouru le Christ portant sa croix jusqu’au lieu de sa crucifixion, sur le Golgotha. A l’époque byzantine, le parcours est proche de l’actuel mais comporte moins de stations. Les témoignages rapportent même l’existence de plusieurs chemins de croix concurrents. Les différentes confessions chrétiennes habitant la Ville Sainte veulent chacune une station dans leur sanctuaire, source de dons et d’une plus grande affluence de pèlerins.

Au cours des siècles qui suivent, le nombre de stations varie de 7 à 18. L’année 1342 marque une étape décisive dans l’histoire du chemin de croix. Le pape Clément VI confie en effet la garde des Lieux Saints aux franciscains. Les religieux mettent progressivement en place la base du chemin de croix actuel, qui compte alors huit stations. Ils aménagent, en plein air ou dans les églises, des séries d’évocations (tableaux, statues, croix), reproduisant des scènes marquantes de l’itinéraire de souffrance du Christ.

Le rôle des franciscains dans la diffusion du chemin de croix

Les franciscains vont être à l’origine de la propagation du chemin de Croix en Europe. Cette « publicité » se fait avec la complicité naturelle des pèlerins. Enthousiasmés par ce qu’ils ont vécu, les pèlerins rentrant de Jérusalem souhaitent revivre cette procession chez eux. Et les fidèles qui ne peuvent pas effectuer le pèlerinage en Terre Sainte vont aussi avoir la possibilité de vivre cette dévotion.

Comment se pratique le chemin de croix aujourd’hui ?

Quand fait-on le chemin de croix ?

Le chemin de Croix est traditionnellement pratiqué tous les vendredis même si, en pratique, il n’est pas organisé dans toutes les paroisses ni dans toutes les communautés religieuses.

Mais le moment privilégié pour vivre le chemin de Croix, outre les vendredis de Carême, est le Vendredi saint, jour où l’Eglise fait mémoire de la Passion et de la mort du Christ.

Il a lieu à 15h – la neuvième heure selon la manière juive de compter -, au moment de la mort de Jésus selon les évangiles synoptiques (Matthieu, Marc et Luc).  Le Vendredi saint, la “Via crucis” est proposée dans de nombreuses églises catholiques.

Chemin de croix dans les églises et en extérieur

La plupart des églises catholiques comprennent un chemin de Croix. En général, les 14 stations sont réparties le long du mur entourant la nef. Chaque station est illustrée par une image de la scène, surmontée d’une croix. Les fidèles suivent le parcours et s’arrêtent à chaque station pour méditer sur l’étape du chemin de Jésus vers le Calvaire.  Un passage de l’Evangile peut être lu à ce moment, suivi d’une méditation et d’une prière.

Le chemin de croix à Jérusalem aujourd’hui

De nos jours, le chemin de Croix à Jérusalem est toujours animé par des prêtres franciscains de la Custodie de Terre Sainte. Le chemin débute près du couvent de la Flagellation (stations 1 et 2), le lieu où se trouvait le prétoire à l’époque de Jésus. C’est là que Ponce Pilate l’a condamné à la crucifixion.

A partir de là, les pèlerins du monde entier parcourent la ville sur 600 mètres, en suivant un prêtre qui porte une croix en bois. Le parcours se déroule dans une atmosphère de prière et de recueillement, à travers des ruelles étroites et animées. Comme à l’époque du Christ… Les différentes stations correspondent à des chapelles ou à des plaques commémoratives.

Le chemin de Croix aboutit à la basilique du Saint-Sépulcre, construite sur le Golgotha. C’est là que se trouve également le tombeau du Christ.

Signification spirituelle du chemin de croix

Dans la tradition chrétienne spécifiquement catholique, le chemin de Croix permet aux croyants de participer à la Passion du Christ en marchant, physiquement et spirituellement, sur le même chemin que Lui. Les chrétiens, qui sont ses disciples de Jésus, sont appelés à porter leur croix et à suivre Jésus (cf. Luc 9,23). Le but de cette participation n’est pas de chercher la souffrance mais, au contraire, de laisser Jésus porter nos croix avec nous. C’est-à-dire nos épreuves, grandes ou petites.

En suivant Jésus sur son chemin de Croix, c’est lui qui nous rejoint sur le chemin de nos vies. Sur son chemin de Croix, il porte nos souffrances jusqu’au bout pour les transfigurer dans sa résurrection, le matin de Pâques.

Par sa passion, le Christ, Fils de Dieu fait homme, assume notre condition humaine jusqu’à la mort et à la mise au tombeau. Mais le Vendredi saint sera suivi du dimanche de Pâques : la mort n’a pas le dernier mot mais, ayant donné sa vie jusqu’au bout par amour, le Christ est ressuscité. Et si, par le baptême, nous sommes plongés dans la mort du Christ, nous ressuscitons aussi avec Lui à une vie nouvelle, dès aujourd’hui.

Source: cath.ch/bh

Source : Exploration du Chemin de Croix : Un Voyage Spirituel Profond- CathoBel

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