Message de Monseigneur Rossignol

« Si le Christ n’est pas ressuscité, vaine est votre foi » (1 Cor 15,17a)

Saint Paul n’est pas le plus diplomate des apôtres, mais il a l’avantage d’être clair. Une foi vaine, c’est une foi qui est vide, creuse, qui ne sert à rien. Les mots sont forts, la corrélation entre foi et résurrection l’est également. Au dire des sondages, un nombre impressionnant de chrétiens ne croient pas en la résurrection. Et même si beaucoup y croient, cette croyance risque souvent d’être spéculative et de n’engager à rien de concret. La foi en la résurrection est-elle de l’ordre d’une conversation de café ou est-elle un élément essentiel de notre expérience de chrétien ? Le paradoxe de notre société, c’est qu’une partie significative des chrétiens ne croient pas en la résurrection et une partie significative des non-chrétiens pratiquent la divination (la recherche d’un contact avec les morts). Si nous prenons au sérieux les paroles de saint Paul, il nous faut d’une part comprendre pourquoi la Résurrection est un élément central de la foi et d’autre part vivre notre vie en fonction de ce mystère.

Partons d’abord de l’expérience du Christ. La foi nous dit que le Christ est Dieu qui s’est fait homme. C’est un mystère. Comment Dieu peut-il se faire homme ? Que l’homme puisse devenir un dieu, on peut le comprendre. Que Dieu qui est l’Invisible, Celui qui est avant tous les temps, puisse se faire homme, c’est du même ordre que le mystère de la Résurrection. Intellectuellement, c’est a priori inconcevable, a posteriori parfaitement cohérent. Les mystères de la foi s’adressent d’abord à notre coeur, à notre expérience, avant de trouver leur cohérence d’un point de vue intellectuel. Or, que nous dit l’incarnation du Christ, si ce n’est la proximité de Dieu avec nous ? Dans nos vies, nous croyons ce que nous disent les gens, non pas fondamentalement parce que nous avons la preuve de ce qu’ils avancent, mais à partir de la confiance que nous mettons en eux. Le Christ s’est rendu proche des hommes en vivant parmi eux. Ce qui caractérise sa personne, c’est justement cette proximité, cette compassion qu’Il a envers tout homme qu’il rencontre.

Mais Jésus ne se définit pas simplement comme « un homme bon parmi les hommes bons ». Autrement, sa vie, bien que significative, resterait anecdotique. En effet dans l’Histoire des hommes, d’autres hommes ont pu faire le bien à plus grande échelle que lui. Et puis en quoi son « héroïcité » change-t-elle notre existence ? À regarder de près, la compassion du Christ, sa proximité avec les pauvres, s’accentue avec le temps, jusqu’au moment où Il accepte de subir le sort réservé aux plus misérables de la société, en étant crucifié. Au moment où Il est crucifié, il fait l’expérience d’un abandon total de la part de son Père. Il est complètement seul. Cette solitude n’est pas seulement celle d’un homme souffrant dans son corps et son esprit. Elle est une souffrance spirituelle, c’est-à-dire qu’elle rejoint la souffrance de l’homme pécheur. C’est notre péché qui est la source la plus profonde de notre solitude. En choisissant de ne pas aimer, nous nous coupons de Dieu et de nos frères et soeurs. Le Christ, lui, n’a pas cessé d’aimer, mais il a accepté de faire l’expérience de la solitude du péché. Et cette solitude de la croix se prolonge dans sa descente aux enfers, que nous récitons chaque dimanche, le credo. (Il est descendu aux enfers, le troisième jour (seulement !), Il est ressuscité d’entre les morts.) En mourant comme un malfaiteur, Jésus rejoint l’humanité entière dans sa solitude. Mais s’il n’était pas ressuscité, il ne serait qu’un pauvre homme parmi nous autres. En quoi sa mort injuste nous consolerait-elle ? Elle ne ferait qu’empirer le tableau de notre condition humaine. Il faut donc que le Christ soit ressuscité pour que sa vie et la nôtre prennent sens ! Parce que la Résurrection, c’est la preuve que Celui qui aime ne meurt pas. Ou plutôt Il meurt pour renaître.

Mais qu’est-ce que la foi en la vie éternelle change pour nous au quotidien ? Nous le savons par expérience, la mort de nos proches est et reste une expérience douloureuse, parce qu’entre eux et nous s’installe le silence… Ce silence est le prix de notre liberté. Si les morts nous parlaient, nous ne serions plus capables de faire nos propres choix. Nous devrions agir en fonction de ce que les morts nous dicteraient de faire. De même si le Christ nous apparaissait, nous n’aurions plus foi en Lui comme dit saint Paul parce que la foi est du domaine de ce que l’on ne voit pas, mais que l’on croit… Mais qui dit silence ne dit pas rupture du lien et de la confiance. Nous honorons le Christ par notre foi en Lui (Heureux ceux qui croient sans avoir vu…) et nous continuons d’honorer nos défunts en suivant le bon exemple de leur vie ou même en offrant notre vie pour leur salut, s’ils sont encore dans une étape de purification en vue de la vie en Dieu. Il y a une solidarité entre les défunts et nous. Ils nous incitent à faire le bien et nous en retour, nous faisons le bien comme un moyen de les soutenir dans leur chemin vers Dieu.

D’autre part, la Résurrection nous invite à valoriser notre vie d’aujourd’hui. Croire en la réincarnation serait dans notre tradition chrétienne un non-sens. Car s’il fallait sans cesse renaître pour nous rapprocher de Dieu, l’éternité ne suffirait pas à faire de nous des hommes justes. Dieu nous a donné une vie pour faire notre chemin et donc cette vie est sacrée ! C’est ici et maintenant que nous posons bien humblement et avec la grâce de Dieu les gestes et attitudes qui nous rapprochent de Dieu et de nos frères et soeurs. Et quant au fait qu’en vieillissant nous perdons progressivement de notre force physique et psychique, ça n’est pas une tragédie en soi. C’est douloureux, c’est difficile à accepter, mais notre fragilité nous permet de nous rendre plus réceptifs aux attentions de nos pairs et de Dieu. Si nous ne l’avions pas encore compris plus tôt dans notre existence, nous découvrons en vieillissant que nous ne sommes pas les maîtres de notre destinée. Nous nous recevons de la grâce de Dieu et de l’amour de nos proches. Notre fragilité devient pour nos proches l’occasion de nous soutenir avec encore plus de générosité.

Quant à la vie éternelle, elle n’est rien d’autre que l’approfondissement décuplé à l’infini des relations d’amour que nous avons établies sur la terre. Croire que nous pouvons nous faire proches de toute l’humanité depuis les origines des temps nous semble un peu ambitieux, mais croire que les amis de mes amis sont mes amis nous est bien plus accessible. Au Ciel, nous rejoindrons ceux que nous avons aimés sur terre (et Dieu en premier !) et ce sont eux qui nous diront : Tu sais, j’ai des gens merveilleux à te présenter ! Puissions-nous vivre dans la joie de cette belle espérance !

Votre frère et pasteur,
+ Frédéric Rossignol

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