
« Papa, ne nous raconte pas d’histoire … raconte-nous ton histoire ! »
Le pasteur Shafique Keshavjee se voyait ainsi intimer par ses enfants, non de dire qui est Dieu, mais qui est Dieu pour lui.

Trop souvent, nous avons tendance à user et abuser de formules toutes faites : ON dit que…

Il est terrible cet impersonnel ON, mis à toutes les sauces, derrière lequel « on » se réfugie volontiers. Il fait le bonheur de ceux qui adorent colporter des ragots ou répandre des thèses complotistes. Il est le repaire de ceux qui n’osent pas assumer leurs idées.

Le ON est passéiste, mortifère.

Jésus ose le JE, une parole forte, nouvelle, profondément personnelle.

Une parole qui ne se réfugie pas derrière les habitudes et les traditions, mais qui ose bousculer, interpeller.

Les pharisiens sont prisonniers de leurs traditions, de ce qu’ON leur a toujours dit. Il se contentent de gloser encore et toujours une parole qu’ils aseptisent.

Jésus n’hésite pas à offrir sa propre interprétation : « On vous a dit… Moi, je vous dis… » La nouveauté est possible, elle est une brèche, une espérance.

Le JE est vérité, authenticité, liberté.

Si nous voulons témoigner de notre foi en ayant une parole pertinente, il faut parler en JE, oser dire qui est Dieu pour nous, avoir une parole qui vient du cœur et qui touche les cœurs. Une parole vraie, non d’une vérité intangible coulée dans le dogme, mais d’une vérité qui correspond à ce qui m’habite intérieurement et me fait vivre joyeusement.

Citation de Shafique Keshavjee, Dieu à l’usage de mes fils (Paris, Seuil, 2000, p.52)

Illustration : Liberté, Agim Sulaj