Pourquoi on ne dit plus l’Alléluia ni le Gloria pendant le Carême ? Pourquoi l’orgue et les fleurs disparaissent aussi ?

Pourquoi on ne dit plus l’Alléluia ni le Gloria pendant le Carême ? Pourquoi l’orgue et les fleurs disparaissent aussi ?
Mgr Rossignol lors de la célébration du mercredi des cendres, le 18 février 2026 à la cathédrale de Tournai. Photo: Mathilde Duquesne, service communication du diocèse de Tournai.

Par Jean Lannoy

Journaliste Multimédia CathoBel
Publié le  – Modifié le 
Chaque année, au début du Carême, un silence s’installe dans nos églises. L’Alléluia et le Gloria disparaissent durant le Carême, beaucoup le savent. Mais saviez-vous que l’orgue se fait plus discret et que les fleurs quittent l’autel ?

Que change le Carême dans la liturgie catholique ?

Pendant quarante jours, la liturgie catholique adopte un ton plus sobre. Les chants se modifient, la musique se fait plus discrète et la décoration s’allège. Cette retenue n’est pas un appauvrissement, elle exprime l’attente de Pâques et invite à la conversion intérieure. Le premier dimanche de Carême, beaucoup de fidèles le remarquent immédiatement : le Gloria ne retentit plus après l’acte pénitentiel. L’Alléluia, habituellement chanté lors de la proclamation de l’Évangile, est, lui aussi, absent. L’autel est dépouillé de fleurs. L’orgue accompagne sobrement le chant, sans grandes orgues. Ces modifications ne relèvent pas d’une tradition locale, mais sont inscrites noir sur blanc dans les livres liturgiques officiels de l’Église catholique. Ces pratiques expriment la sobriété et l’attente de la Résurrection.

Pourquoi ne chante-t-on plus l’Alléluia pendant le Carême ?

L’Alléluia est l’acclamation qui précède l’Évangile dans la liturgie catholique. Le mot vient de l’hébreu Hallelu-Yah, qui signifie littéralement « Louez le Seigneur » ou « Louez Dieu« . Le terme apparaît à de nombreuses reprises dans les Psaumes, où il accompagne les hymnes de joie. Alléluia est traditionnellement associé à la joie pascale et à la Résurrection du Christ, et n’était au départ chanté uniquement durant le temps pascal. C’est ensuite qu’il s’est généralisé et étendu dans le reste du temps liturgique, excepté durant le Carême.

C’est même un des piliers de la liturgie qui l’explicite, puisque la Présentation générale du Missel romain en donne la règle précise : « L’Alléluia est chanté en tout temps en dehors du Carême. » Selon le texte, l’Alléluia est remplacé par un verset avant l’Évangile durant le Carême.

Cette règle ne concerne pas seulement la messe dominicale. Les Normes universelles de l’année liturgique et du calendrier précisent que du début du Carême jusqu’à la Vigile pascale, on ne dit pas Alléluia. La lettre circulaire Paschalis sollemnitatis, publiée par la congrégation pour le Culte divin en 1988, confirme encore que l’Alléluia est omis dans toutes les célébrations durant ce temps.

Par quoi est remplacé Alléluia pendant le carême ?

Le Missel prévoit que l’on chante le verset proposé par le Lectionnaire, ou éventuellement un trait tiré du Graduel. Dans les faits, c’est bien souvent une autre acclamation de l’Évangile, sans Alléluia, qui est dite ou chantée. Certains ordinaires de messe en prévoient.

Il existe aussi la pratique du « remplacement » du mot Alléluia par un autre, comme Maranatha (qui signifie exactement « Notre Seigneur, viens » en araméen) qui comporte le même nombre de pieds, ce qui rend pratique son insertion dans des prières chantées. Hosanna est aussi régulièrement repris, en référence au cri hébreu (« sauve(-nous), de grâce ! ») lié à la fête des Tabernacles dans la tradition juive. Cette imploration est liée à l’entrée triomphale de Jésus à Jérusalem, lors de la marche des Rameaux.

L’enterrement de l’Alléluia, une vieille tradition

Certaines traditions célèbrent un « enterrement de l’Alléluia », ou « congé de l’Alléluia » depuis le 8ᵉ siècle. Au tout début du carême, le jour du mardi-gras ou du Septuagésime, 7ᵉ dimanche avant Pâques, marquant un pré-Carême chez certains courants traditionalistes. Un parchemin ou un objet symbolique marqué du mot Alléluia est alors enterré ou mis en réserve lors des vêpres, alors que des chantres entonnent un dernier Alléluia. Véritable reliquat d’une piété populaire, ce geste est vécu comme pour dire affectueusement au-revoir à un ami, et montrer un certain attachement à ce terme liturgique.

Pourquoi le Gloria est-il supprimé le dimanche ?

Le mot Gloria veut simplement dire « Gloire » en latin. C’est l’un des hymnes les plus anciens de la liturgie qui tire son origine dans l’évangile selon saint Luc. Dans la nuit de Noël, après l’annonce aux bergers, l’évangéliste rapporte qu' »il y eut avec l’ange une troupe céleste innombrable, qui louait Dieu en disant : Gloire à Dieu au plus haut des cieux, et paix sur la terre aux hommes, qu’Il aime ». C’est cette proclamation qui est devenue la base de l’hymne que l’Église reprend à la messe, « Gloria in excelsis Deo », Gloire à Dieu au plus haut des cieux en latin. Au fil des siècles, la louange s’est enrichie d’autres expressions tirées de l’Écriture, notamment de l’évangile selon saint Jean (« Voici l’Agneau de Dieu ») et de formules de profession de foi et de supplication.

Le Gloria suit la même logique que l’Alléluia. La Présentation générale du Missel romain établit que l’on chante ou on dit le Gloria le dimanche en dehors de l’Avent et du Carême, aux solennités et aux fêtes. Autrement dit, le Gloria est omis les dimanches de Carême, mais qu’il reste chanté lorsqu’une solennité ou une fête importante tombe durant cette période, comme la Saint-Joseph ou l’Annonciation.

L’orgue est-il interdit pendant le Carême ? Peut-on mettre des fleurs à l’église durant le Carême ?

L’absence de l’Alléluia et du Gloria s’inscrit dans un ensemble cohérent de dispositions. Mais cette sobriété ne concerne pas que les chants et hymnes, puisqu’elle s’exprime aussi dans la musique et la décoration. Le Missel romain indique que durant le Carême, l’orgue et les autres instruments ne sont autorisés que pour soutenir le chant. Le texte précise également que durant le Carême, les fleurs à l’autel sont interdites.

Pourquoi ces restrictions ?

Pour comprendre ces retraits, il faut revenir à la définition du Carême donnée par le Concile Vatican II dans Sacrosanctum Concilium: « Le double caractère du temps du Carême, qui, surtout par la commémoration ou la préparation du baptême et par la pénitence, invite plus instamment les fidèles à écouter la Parole de Dieu et à vaquer à la prière, et les dispose ainsi à célébrer le mystère pascal« . Le Carême possède un double visage : baptismal et pénitentiel. La liturgie adapte donc son langage à cette tonalité tout comme dans la catéchèse liturgique.

Le texte de Vatican II indique par ailleurs que la pénitence du temps de Carême ne doit pas être seulement intérieure et individuelle, mais aussi extérieure et sociale. C’est donc une manière de vivre de dépouillement dans la liturgie, ensemble. L’interdiction de l’Alléluia et du Gloria exprime, par des signes concrets, que le Carême est un temps orienté vers Pâques. Le silence de ces mots prépare leur retour, et à la Vigile pascale, lorsque l’Alléluia est chanté à nouveau, il retrouve toute sa force. La liturgie fait alors éclater ce qu’elle a contenu.

Pour être plus complet, l’ensemble de ces dispositions tiennent plus du rite et de la coutume que d’un interdit religieux. Si l’Église catholique de rite romain supprime toute mention du mot « Alléluia » de la messe pour souligner la saison pénitentielle, d’autres traditions font tout le contraire. Les catholiques byzantins, eux, expriment d’autant plus cet Alléluia durant le Carême. La question pourrait alors être de ce que cette absence d’Alléluia et de Gloria peuvent aider à vivre plutôt que les raisons de ces « interdits ».

Quand l’Alléluia et le Gloria reviennent-ils ?

C’est donc durant la Vigile pascale que revient l’Alléluia. On estime qu’il « revient » officiellement lors de la proclamation du Gloria, l’autre acclamation de louange et de glorification biblique, juste après les sept lectures et psaumes de l’Ancien Testament. C’est aussi à ce moment que les lumières sont allumées et que les cloches sonnent (et reviennent de Rome) dans la tradition pascale. C’est ensuite après l’oraison et l’Épître, juste avant l’Évangile de la résurrection, qu’est entonné l’Alléluia par trois fois, avant le chant de l’acclamation de l’Évangile, l’intégrant évidemment encore de nombreuses fois. L’Alléluia est ainsi le chant pascal par excellence, sans exception.

Existe-t-il des exceptions ?

De ces « interdits » découlent aussi des exceptions. La plus grande est le dimanche du Laetare, le quatrième dimanche du Carême. Ce nom est tiré des premiers mots de l’antienne d’ouverture de la messe du jour : « Laetare, Jérusalem !« , « Réjouis-toi, Jérusalem ! » (Isaïe 66,10). Tout comme le dimanche de Gaudete durant l’Avent, le Laetare marque une pause de joie au milieu du Carême. Alors que le reste du temps est marqué par la pénitence et la sobriété, les textes liturgiques évoquent déjà la joie de Pâques qui approche. Cette joie s’exprime aussi par un bref retour de l’orgue et des instruments, des fleurs ornant l’Autel, et des ornements de couleur rose (un subtil mélange entre le violet du Carême et le blanc des solennités).

Les solennités et fêtes importantes font aussi office d’exception. Le Gloria peut y être chanté, et les instruments et les fleurs sont alors autorisés. Ainsi, lors du Jeudi Saint, ultime exception avant Pâques, le Gloria est chanté et les églises sont fleuries. C’est la « fête de l’eucharistie », tout comme le jour traditionnel de la messe chrismale. Ces exceptions ne contredisent pas la discipline générale : elles manifestent que le calendrier liturgique hiérarchise les célébrations selon leur importance.

Jean Lannoy

Source : Pourquoi on ne dit plus l’Alléluia ni le Gloria pendant le Carême ? Pourquoi l’orgue et les fleurs disparaissent aussi ? – CathoBel

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